Partout dans le monde, le quotidien de chaque citoyen est inondé d'informations diffusées par la presse; et ces informations contribuent à formater l'opinion publique sur un sujet ou un événement donné. Il est donc évident que les médias sont d'une importance capitale dans l'activité politique entendue comme "la façon de gérer la cité". Pour les dirigeants d’une nation, les médias sont les meilleurs moyens utilisés pour communiquer avec le peuple. Ils constituent le moyen d’échange entre dirigeants et dirigés. Il s’agit aussi d’un moyen qu’utilise le peuple pour faire passer un message aux représentants de l’État dans des régimes où c'est permis. Les médias permettent entre autre de rester au courant de l’actualité de sa ville, de sa région, de son pays. Il existe aussi des moyens médiatiques qui permettent d’en savoir davantage sur les faits qui se produisent à l’internationale c’est-à-dire dans des pays étrangers.

Mais, un message est toujours polysémique c'est-à-dire porteur de sens différents. Celui qui le reçoit est donc libre d’adhérer à un de ceux-ci, sans pour autant choisir le sens dominant. Son choix dépendra des liens entre les messages proposés, des valeurs et opinions qui sont les siennes, mais aussi de l’influence qu’aura la personne qui transmet les messages (leader d’opinion). En clair, aucun média n'est neutre contrairement aux déclarations. Chaque média que ce soit de l'Etat ou privé aura donc ce qui est appelé "une ligne éditoriale" qu'elle suit mais sans que le grand public ne soit en mesure de distinguer dans quel sens mène cette ligne. Avec la mondialisation, une autre dimension de cette "guidance de l'opinion" s'y ajoute. Dans un espace géo-politique déterminé, les différents médias sont pilotés idéologiquement par les mêmes cercles souvent liés par le capital; la diversité apparente n'étant simplement destinée qu'à donner le change et à berner les auditoires.

Pour illustrer notre propos, voici un petit florilège du double langage ou langage codé des médias.

En rapportant les événements qui se déroulent dans un pays en guerre ou en proie aux troubles, un média utilisera des termes, expressions, qualificatifs... différents pour désigner une même entité, un même fait... selon son penchant ou sa ligne éditoriale. A l'auditoire de tirer son plan! Ainsi:

Quand pour tel média le régime en place doit absolument être renversé, l'Armée Nationale de ce pays devient: l'Armée de ...nom du président à abattre (Bachar El Assad, Pierre Nkurunziza etc...).

Les opérations de maintien de l'ordre menées par les forces de sécurité de ce régime deviennent: la répression du régime.

Quand les opposants armés commettent des actes ailleurs qualifiés de terroristes ( tirer sur les civils non armés, un média qui les soutient parlera de: Résistance ou d'actes d'auto-défense de l'opposition.

Les déplacés chassés de leurs biens par les rebelles et recueillis dans la zone contrôlée par le régime à abattre deviennent selon ce média: Des otages des forces du régime qui s'en servent comme "boucliers humains".

Les rebelles battant en retraite sont présentés comme : Victimes d'un drame humanitaire provoqué par l'offensive des forces du régime.

La capitale du pays si elle n'est pas encore conquise ( Damas, Bujumbura...) devient : le bastion du régime (de Bachir El Assad ou de Nkurunziza).

L'opposition radicale qui veut la chute du régime à tout prix mais soutenue par ceux qui contrôlent ce média devient: L'opposition ou rébellion "modérée".

La ligue de la jeunesse d'un parti au pouvoir comme il en existe partout devient : la milice du pouvoir ( ou du président).

L'offensive de l'armée régulière contre les positions rebelles devient: une agression du régime contre l'opposition modérée ou démocratique.

Un régime répressif et dictatorial mais qu'on ne doit pas critiquer devient: Un pays de l'ordre et la stabilité grâce à...( nom du dictateur par ex. Paul Kagame pour le Rwanda).

 Ainsi donc, en ces temps où l'opinion publique tant nationale qu'internationale continue d'être à la merci des grands médias " créateurs d'opinion", et qui souvent font basculer l'histoire d'un pays ou d'un peuple, il serait naïf de prendre les reportages des médias comme "parole d'Evangile", mais par contre il faudrait prendre le temps de décortiquer chaque terme utilisé à la place d'un autre qui pourtant décrit le même fait, pour essayer de classifier ce média par rapport à l'événement en cours.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

VIDEOS CHOISIS POUR VOUS