Après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union Soviétique, la Superpuissance qui, avec ses alliés, venait de sortir victorieuse de la guerre froide a entrepris de redessiner la carte du monde et plus particulièrement la redistribution des cartes en Afrique. C’est dans ce cadre qu’ il fut décidé que le pouvoir politique au Rwanda devait désormais être dans les mains du groupe ethnique tutsi en l’arrachant au groupe ethnique hutu qui le détenait depuis l’indépendance de ce pays en 1962. Le pays devait aussi désormais rejoindre le pré carré anglo-saxon et sortir de la sphère francophone. Pour appliquer ces décisions, la tâche fut confiée aux éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda qui, sous l’appellation de « Front Patriotique Rwandais (FPR), ont reçu le feu vert, les moyens pour entreprendre la conquête militaire du pays le 01 octobre 1990.

 

Non sans mal mais dans les limites des prévisions des services des grandes puissances notamment les analystes de la CIA, qui avaient conçu cette conquête (les pertes humaines qui seraient à considérer comme ‘dégâts collatéraux’ avaient été estimées à près de 500.000 morts), le pouvoir politique au Rwanda était enfin dans les mains du groupe ethnique minoritaire tutsi dès juillent1994. L’analyse qui suit tente de prouver que le groupe armé, qui a conquis le pouvoir au Rwanda en 1994 et qui s’est vite proclamé « Armée Nationale », est tout sauf « Nationale ».

Conquête du Rwanda de 1994 : physionomie de l’armée autoproclamée « nationale »

 

L’Armée Patriotique Rwandaise (APR) qui venait de conquérir le pouvoir au Rwanda en 1994 n’avait pas vocation d’être une armée nationale. Cette armée dans laquelle les citoyens d’ethnie hutu (85% de la population) sont soigneusement exclus est de fait monoethnique. En effet, sur plus d’une centaine de généraux actifs, le nombre de généraux d’origine hutu, et encore symboliquement promus pour les besoins de la propagande médiatique, ne dépassent pas quatre individus ! Cette armée, pour laquelle tuer un hutu n’est pas passible de jugement tellement c’est un acte banal, tente depuis plus de 20 ans de se faire passer pour « armée nationale » mais en vain. A l’intérieur du pays c’est une armée qui n’est qu’un instrument de répression et un outil dans la stratégie de maintien au pouvoir des despotes et pas du tout un gardien de l'ordre républicain et des institutions démocratiques pour l'intérêt du peuple. A l’extérieur, cette armée sert de supplétif aux puissances qui l’ont installée au Rwanda en allant défendre les intérêts militaires de ces puissances dans des régions où elles ne veulent pas risquer la vie d’un seul de ses soldats (Darfour, Sud-Soudan, RCA…) .Et du coup, en lui donnant les moyens financiers de payer et d’équiper cette armée, ces puissances, par le truchement de l’ONU, permettent à leur homme de main Paul Kagame de la tenir tranquille. Elle sert aussi dans la stratégie de domination  régionale de l'ethnie minoritaire et de soumission des ethnies  majoritaires des pays voisins. On l’a vu en RDC et on y assiste actuellement au Burundi.

 Outil politique dans les mains du groupe au pouvoir mais qui aggrave la frustration même en son sein

L’armée de Paul Kagamé, loin d’être une armée nationale, est une organisation mafieuse minée par le clientélisme et le clanisme. Paul Kagamé n’hésite pas d’humilier, de dégommer et même de tuer certains des meilleurs officiers de son armée quand il pense qu’ils lui font ombre. Les cas de l’ancien Chef d’Etat major le général Kayumba Nyamwasa et l’ancien Chef des Renseignements Extérieurs feu le colonel Patrick Karegeya sont dans tous les mémoires. Un procès est en cours à Kigali où deux officiers supérieurs sont jugés tout simplement pour avoir des relations familiales avec un ancien conseiller de Paul Kagamé aujourd’hui en exil. En effet, le général Frank Rusagara, beau-frère de David Himbara est jugé en même temps que le colonel Tom Byabagamb,a petit frère du même David Himbara, et visiblement pour le seul crime d’être parents avec cet homme très critique dans la presse anglo-saxonne envers la dictature de Paul Kagame.

Récemment, un ancien officier féminin de l’APR, le Lieutenant Jeanne Umulisa a donné un témoignage saisissant de comment Paul Kagamé avait sacrifié les femmes de sont armée en les rendant des esclaves sexuelles.

 Le Capitaine Jonathan Musonera, Commissaire au sein du parti RNC (Rwanda National Congress), lui aussi un ancien officier de l’APR de Paul Kagamé, vient de donner un long témoignage sur la radio Itahuka dans lequel il donne sans détours les preuves que l’armée de Paul Kagamé est minée par l'idéologie génocidaire anti-hutu, l'exclusion et la haine, et qu’elle ne mérite pas d’être qualifiée de « nationale ». Suivez son intervention sur Radio Itahuka ici.

 La frustration est donc totale non seulement chez les hutu, ce qui est compréhensible dira-t-on, mais aussi chez les tutsi au sein même de cette armée de Paul Kagame qui depuis 1994 n’a jamais dépassé le stade d’une bande armée qui s’est emparée « par hasard  ou plutôt par la grâce des superpuissances» d’un pays et du peuple qui lui étaient inconnus.

 Mise sur pied d’une armée véritablement nationale : dans les programmes politiques des partis politiques

En guise de conclusion, nous ne soulignerons pas assez l’importance vitale de la question de l’armée véritablement nationale dans la vie d’un pays ou d’une nation. En ce qui concerne le Rwanda, force est de constater que trop de temps a été perdu et que les politiques ont souvent fait l’autruche en éludant cette question ou en la banalisant. Il est donc urgent que chaque formation politique ait dans son programme un projet clair et réaliste de comment doter le Rwanda d’une « véritable Armée Nationale ».

 

Emmanuel NERETSE

 

 

 

 

 

 

 

 

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