Le régime installé par les armes au Rwanda en 1994 continue de faire de ce qui a été qualifié de « génocide »,  entendez par là les massacres qui ont accompagné la conquête militaire du pays par les éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda, son fond de commerce lucratif dans tous les domaines. A l’approche de la date du 6 avril, depuis qu’en 1994 l’attentat perpétré par le FPR de Paul Kagame et qui coûta la vie aux Chefs d’Etats du Rwanda Juvénal Habyarimana et du Burundi Cyprien Ntaryamira, ce qui fut l’élément déclencheur des massacres qui ont suivi et par la suite qualifiés de « génocide », ce régime revient chaque année sur sa propagande et ses mensonges sur ce « génocide » qui, depuis 1994, lui assure l’impunité totale. Tout lui est permis pourvu qu’il évoque le « génocide » comme justification. Sur le plan de la politique interne, ce « génocide » est devenu le prétexte pour légitimer un régime impopulaire, minoritaire et dictatorial et où la clique au pouvoir (à savoir les tutsi venus d’Ouganda) jouit d’une impunité totale pour les crimes qu’elle a commis et commet encore envers la composante majoritaire de la population (à savoir tous les hutu) et les quelques tutsi qui n’étaient pas réfugiés avant 1994 et contre également les tutsis qui osent rejoindre les rangs de l’opposition pour réclamer le changement et mettre fin à ce régime d’apartheid . Ce « génocide » est aussi pris comme prétexte pour exclure les hutus du pouvoir et de tous les  domaines d'influence politique,  militaire, économique, policière et des renseignements  dans le pays.  C’est toujours au nom de ce « génocide » que Paul Kagame peut s’introniser à vie à la tête du Rwanda puisqu'il aurait arrêté à lui seul un « génocide » et qu'il serait  le seul à empêcher les hutus  de revenir au pouvoir. C’est aussi dans ce cadre que s’inscrit la campagne politique dite "Ndi umunyarwanda "  qui ne concerne que les hutus considérés comme non - rwandais et qui consacre une culpabilité génocidaire de tous les hutus même nés en 2016 et à naître puisqu'ils devront tous demander pardon au nom de leurs grands parents pour mériter le statut de citoyens de second rang et échapper ainsi à la mort comme insoumis.

Sur le plan de la politique étrangère et la diplomatie, le « génocide » constitue la seule base de l’action gouvernementale, la seule justification de ses violations du droit international, le seul argument pour échapper aux sanctions quand il est pris la main dans le sac. Quelques illustrations : 

  • Agression et pillage de la RDC

 En 1996, l’armée de Paul Kagame a envahi le Zaire d’alors (actuellement République Démocratique du Congo). Le prétexte donné fut de chasser des camps des réfugiés hutu installés à l’Est du Zaire près de la frontière avec le Rwanda, ceux qui « venaient de commettre un «  génocide ». Cette invasion fut tolérée et même encouragée.

Résultat : en mai 1997, James KABAREBE, un officier tutsi de l’armée de Paul Kagame était déclaré : Chef d’Etat major de l’armée congolaise à Kinshasa soit à plus de 2000 km de ces camps des réfugiés hutu. Depuis lors, l’armée tutsi de Paul Kagame n’a jamais quitté la RDC. Bien plus, elle y fait régner le chaos favorable aux pillages et à la chasse aux hutu sous diverses formes. Soit sous forme de rébellions créées de toutes pièces encadrées et médiatisées par le régime tutsi de Kagame ( RCD-Goma, CNDP, M23…), soit par ses Forces Spéciales qui instrumentalisent les milices tribales locales (Mai Mai Tcheka, Changirai…). Pour toute justification, le régime de Paul Kagamé n’a qu’à évoquer le « génocide » pour que tous ceux qui dénoncent cet état de choses se taisent et que même les dirigeants congolais avalent la couleuvre. 

  • Déstabilisation du Burundi 

Prenant prétexte d’une candidature du président sortant du Burundi Pierre Nkurunziza , candidature qu’elles jugent anticonstitutionnelle et contraire à l’Accord d’Arusha, les puissances qui ont décidé d’instaurer au Burundi un régime « à la rwandaise » c’est –à- dire non issu des urnes et dominé par une minorité qui devra brandir pour toute légitimité, « l’arrêt d’un génocide », ont alors déclenché leur plan dont le fer de lance devait être justement le régime minoritaire tutsi de Paul Kagame au Rwanda. Le prétexte du troisième mandat contesté  ne tient pas la route car, la Cour Constitutionnelle du Burundi l’a jugé tout à fait légale car le président Pierre Nkurunziza élu pour la première fois au suffrage universel en 2010 pouvait se représenter pour un second mandat au suffrage universel comme le lui autorise la Constitution du Burundi. Mais, comme la machine de renverser le régime qualifié de hutu était déjà lancée, il fallait justifier les ingérences du régime rwandais dans les affaires du Burundi, les actes de déstabilisation commis par les combattants recrutés dans des camps de réfugiés burundais installés au Rwanda par le « génocide ». Ainsi, dès avril 2015, les radios contrôlées par le régime à Kigali lancèrent des appels publics à la population leur incitant à fuir car des massacres à grande échelle planifiés par le régime allaient se commettre. Ceux qui répondaient aux appels étaient directement embarqués dans des bus affrétés par le gouvernement rwandais et qui les attendaient aux postes frontaliers. Ces curieux réfugiés recevaient directement le « statut de réfugié politique» sans même avoir subi aucune interview ; du jamais vue dans la procédure de demande d’asile politique. Parallèlement une campagne médiatique initiée et menée par certains puissants lobbies occidentaux notamment belges, mettaient la pression sur l’Union Européenne, l’Union Africaine et sur les Nations Unies pour les convaincre qu’un génocide était imminent et que même il serait en cours au Burundi, que donc ceux qui le pouvaient et qui en ont la vocation (Paul Kagamé pour en avoir arrêté un !) devaient intervenir. Il a fallu des efforts surhumains dans les domaines diplomatiques et médiatiques pour éviter que le Burundi ne soit pas envahi par une force qui devait hâter le renversement du régime démocratiquement élu sous le prétexte de « arrêter ou prévenir un génocide ». Mais, ce n’est que partie remise. Paul Kagamé n’a pas lâché le morceau et continue d’œuvrer à l’installation à Bujumbura d’un régime à l’image du sien, fort du soutien et du chèque en blanc qu’il a reçu de ses maîtres et de la naïveté et la soif du pouvoir de certains politiciens hutu burundais, comme au Rwanda de 1993-1994. 

  • Génocide, objet de chantage envers les organisations internationales. 

L’exemple récent est le procès de Victoire Ingabire Umuhoza, Présidente des FDU-INKINGI, qui devait se tenir le 4 mars 2016 devant la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples à Arusha en Tanzanie. Le régime rwandais a trouvé un prétexte pour récuser la Cour. Pour éviter le procès de Victoire Ingabire, le Rwanda se retire du protocole de la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples. Après sa condamnation définitive à 15 ans d’emprisonnement, l’opposante Victoire Ingabire avait saisi la Cour Africaine des Droits de l’Homme, la seule instance où elle pouvait encore faire appel. La requête ayant été jugée recevable et fondée depuis un an, la Cour avait fixé la première audience dans cette affaire au 04 mars 2016 en informant les parties concernées. Mais, voici qu’une semaine avant la date fixée pour l’audience, le Rwanda fait savoir à la Cour qu’il dénonçait le protocole qu’il avait signé à la création de cette Cour et qui permet aux individus et aux ONG de saisir cette Cour. Le motif que le régime donne est qu’un certain Stanley Safari, qui fut Sénateur du FPR mais actuellement en exil et qui a été condamné par contumace par les « gacaca » à un emprisonnement à perpétuité, aurait lui aussi saisi cette cour. Pour Kigali, c’est inadmissible que les condamnés pour génocide puissent porter plainte devant cette cour africaine. Le Rwanda ne fait donc plus partie des pays dont la Cour Africaine des Droits de l’Homme peut se saisir des cas. Du coup, les autorités rwandaises pensent que l’affaire de Victoire Ingabire ne sera jamais entendue par cette Cour au soulagement général du régime et de ses sponsors. Chose curieuse : personne dans la Communauté Internationale ne condamne cette façon de ridiculiser les instances internationales sans aucune condamnation et même une mise en garde. Silence total ! On se demande alors si cette attitude de Paul Kagame devait faire jurisprudence ce qu’il adviendrait de ces sortes de Cours internationales. Par exemple, il suffit que la Belgique, si elle est accusée devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg, pour ne pas risquer d’être publiquement condamnée ou payer de lourdes amendes, elle disait : je me retire du traité créant cette Cour. Voilà où va ce monde avec Paul Kagame tout puissant et intouchable grâce à son fond de commerce qu’est « le génocide ».

  • Critiques injurieuses et peu diplomatiques contre la Représentante des USA aux Nations Unies 

Lors d’une séance au Conseil de Sécurité de l’ONU consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, le Représentant Permanent du Rwanda Eugène Richard Gasana a scandalisé son auditoire par des propos très peu diplomatiques et même par des menaces et des insinuations frisant l’insulte. En effet, répondant au ministre burundais des Affaires Etrangères Alain Aimé Nyamitwe qui signalait que son pays continue d’être déstabilisé par le Rwanda et que le président Paul Kagamé était derrière ceux qui commettent des actes terroristes au Burundi, Eugène Richard Gasana n’a eu d’autre réplique que de lui lancer qu’il ne devrait plus jamais parler du Rwanda ni de critiquer Paul Kagamé, le héros des rwandais qui « a arrêté le génocide quand le monde entier assistait impuissant », a-t-il précisé, sinon le ministre Nyamitwe risquerait gros. Répondant à l’intervention de la Représentante des Etats Unis Samantha Power qui avait évoqué en termes mesurés la nécessité pour le Rwanda d’ouvrir son espace politique et de laisser l’opposition mener ses activités librement au Rwanda, le même Eugène Richard Gasana lui a lancé dédaigneusement que la femme confondait son nom « Power » avec ses fonctions, mais qu’elle se trompait car elle n’a aucun pouvoir sur le Rwanda de Paul Kagamé. L’assistance n’en croyait pas ses oreilles ! Il est vrai que Gasana peut se permettre ces écarts de langage sans être inquiété. En effet, il est le grand protégé de la First Lady Jeannette Nyiramongi Kagame qui monte en puissance et que certains observateurs considèrent comme la vraie détentrice du pouvoir occulte de la dynastie régnante. Eugène Richard Gasana peut donc tout se permettre même des incidents diplomatiques à l’ONU, toujours au nom du « génocide ».

  • Prétexte pour refuser l’ouverture politique aux opposants vivant en exil : les mettre sur la liste des génocidaires recherchés  

Dans une interview dans la presse locale, le procureur rwandais chargé de poursuivre les génocidaires présumés, a indiqué que le nombre des personnes recherchées ne cesse d’augmenter. Il a ainsi indiqué que ce nombre était de 399 l’an dernier mais que cette année il s’élève à 522. Une chose étonnante et incompréhensible quand on sait que normalement ce nombre devrait baisser année après année après la fermeture des Gacaca qui ont jugé plus d’un million d’affaires et le TPIR qui en a connu près d’une centaine. C’est en détaillant les pays où ces suspects se trouveraient que l’on peut tenter une explication. Il dit par exemple qu’en RDC il ne recherchait que 46 personnes en 2015, mais qu’actuellement il y en aurait 119 ! Pourquoi cette augmentation exponentielle ? Il semble qu’au fur et à mesure que les services de renseignement remplissent l’organigramme du commandement des FDLR, les nouveaux noms sont automatiquement ajoutés aux noms des génocidaires à rechercher. Au départ, il ne s’agissait que des anciens officiers supérieurs des FAR qui sont maintenant vieux. Mais, actuellement même les jeunes qui n’avaientt pas l’âge adulte en 1994 mais qui font désormais partie des instances dirigeantes des FDLR sont automatiquement mis sur la liste des génocidaires. Cette stratégie est utilisée pour casser des personnalités qui deviennent influentes dans l'opposition.

 Autre constat, le même procureur a indiqué qu’en Europe, ces génocidaires vivraient principalement en Belgique et en France. Mais, en lisant les noms des exemples donnés (veuve du président Habyarimana, Dr. Eugène Rwamucyo, Dr. Sosthène Munyemana etc…) on se rend compte qu’il s’agit des cas où la justice locale a prononcé un non-lieu ou qui ont été jugés « irrecevables et non fondés ». On se demande alors comment le régime s’obstine à clamer que la Belgique et la France cachent des génocidaires et s’il lance des mandats d’arrêts comment ils seront exécutés. Cette opération est avant tout médiatique et est destinée à maintenir la pression sur les médias et l’opinion pour faire diversion sur les crimes du régime et justifier le maintien d’un régime criminel au pouvoir au Rwanda et la répression aveugle envers les opposants politiques et autres activistes (journalistes, membres des associations de droits de l’homme, églises,..). Comme le régime est parvenu par la corruption de certains de ses responsables du siège à Lyon à rendre Interpol son outil politique pour traquer et intimider ses opposants, les personnes figurant sur cette liste continueront à en souffrir car elles ne pourront pas voyager tranquillement car reprise abusivement sur la notice rouge d’Interpol. Et sur ce point, le régime aura gagné.

 Conclusion 

Voici plus de vingt ans que le génocide pensé, voulu par ceux qui ne pouvaient autrement justifier une mainmise de la minorité tutsi sur le Rwanda a été déclaré et sert d’argument à Paul Kagamé l’exécuteur de ce plan machiavélique. Force est hélas de constater qu’au lieu de révolter la conscience mondiale en commençant par celle des africains, cette supercherie gagne du terrain et va bientôt servir de prétexte pour étouffer la démocratie naissante a Burundi pour la remplacer par un régime dictatorial, minoritaire et illégitime mais présenté comme ayant « arrêté le génocide ». Faut-il vraiment que l’histoire se répète jusqu’à ce point dans la région maudite des Grands Lacs en Afrique ?

 

Emmanuel NERETSE

 

 

 

 

 

 

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