Discours de Mme Victoire Ingabire Umuhoza le 16 janvier 2010

Madame Victoire INGABIRE UMUHOZA ARRIVE A KANOMBE

Je rentre.

Rwandaises, Rwandais, amis du Rwanda,

Après 16 ans d’exil, aujourd’hui je suis de retour dans ma patrie.

Notre pays a connu l’innommable. Le génocide a emporté presque un million de Rwandais, des massacres à grande échelle ont aussi emporté plusieurs milliers d’autres Rwandais. Il n’y a aucune famille rwandaise qui n’a pas été endeuillée. Mais la population attend toujours dans l’angoisse et la peur une réelle politique nationale d’unité et de réconciliation.

Je viens pour la paix et c’est cette paix qui guidera mon action politique pour éradiquer l’injustice et pour briser toutes les chaînes qui nous emprisonnent.

Nous avons créé en exil une formation politique, les FDU-Inkingi et nous avons fait la politique en exil. Maintenant, il est temps de la poursuivre dans notre pays, avec des Rwandais qui sont restés au pays pour entamer ensemble avec toutes nos forces  une lutte politique qui nous mènera à la victoire contre toutes formes d’injustice  et à l’instauration d’une véritable démocratie basée sur la liberté de tout un chacun.

Je vous transmets le bonjour de vos proches, amis et connaissances, de vos compatriotes restés en exil. Ils partagent le même combat que nous tous, dans cette lutte pour le changement que nous entamons en vue de redonner son honneur à chaque Rwandais de façon pacifique, sans nouvelle effusion de sang. Je viens pour faire enregistrer votre parti afin de pouvoir disputer avec les autres formations politiques oeuvrant au Rwanda l’élection présidentielle qui se tiendra au mois d’août de cette année et toutes les autres élections qui se tiendront dans les années à venir. C’est un long chemin que nous commençons, une vraie révolution qui ne se terminera pas avec l’élection présidentielle.

Quel est l’objectif de notre lutte?

Nous voulons que chaque Rwandais cesse d’avoir peur, nous voulons éradiquer la pauvreté, la faim, le népotisme, la corruption, le clientélisme et nous voulons combattre la dictature, l’injustice, une justice inéquitable pratiquée par les Tribunaux Gacaca, la prison et les Travaux d’Intérêt Général sans procès équitables, l’exil qui empêche les enfants de connaître leurs parents et qui détruit les familles, les inégalités sociales, la discrimination, l’expropriation des biens ou des terres. Nous voulons que chaque Rwandais marche droit sans se cacher, sans avoir honte, nous voulons briser toutes les chaînes qui vous empêchent de vous sentir citoyens rwandais à part entière.

Je suis une fille qui rentre chez les siens, je rentre pour lutter pacifiquement, je rentre pour qu’ensemble nous conjuguions nos efforts pour nous libérer de tout ce qui nous empêche d’être libres. Je ne suis pas accompagnée par une armée parce que je viens vers vous, vers mes parents, mes frères et sœurs. Personne ne peut empêcher un enfant de rentrer chez ses parents.

Vous qui êtes restés au pays, nous vous félicitons, car, c’est vous qui savez la douleur que vous avez endurée. Nous connaissons  votre peine, vous ne dites rien mais votre visage traduit votre angoisse. Mais, vous seuls savez mesurer avec précision l’ampleur de votre chagrin.

La libération doit se faire dans le calme . Ce n’est pas en criant qu’on se libère, cela permet à l’oppresseur de doubler d’ardeur. Nous voulons une libération pacifique, sans nouvelle effusion de sang. Nous ne voulons pas une autre guerre et nous condamnerons quiconque voudra nous replonger dans la guerre. Quand on se libère en versant le sang des innocents, on continue à traîner ce mauvais héritage. C’est pour cela que nous ne vous engagerons pas dans des meetings qui risquent de déboucher sur des affrontements. Nous nous battrons pour que chaque voix compte et que le dépouillement ait lieu publiquement là-même où vous aurez voté. Si quelqu’un s’y oppose, vous serez pris à témoin.

N’ayez plus peur. Après notre victoire, toute personne qui aura été expropriée injustement récupérera ses biens.

Notre politique se fera dans le calme et la sérénité afin que nous gagnions sans provoquer une autre guerre, celui qui voudra la provoquer en sera seul tenu responsable.

Notre objectif est de mettre un terme définitif à la dictature, à la mauvaise gestion du patrimoine national. Nous voulons une réforme profonde de l’armée et des forces de l’ordre, une réforme sociale et économique, une réforme de l’éducation et de la justice. Nous voulons une politique qui protège chaque Rwandais pour que plus personne ne perde sa vie à cause de ses origines, de sa région, de sa religion ou de ses opinions politiques.

Certains se demandent peut-être s’il n’y a rien de positif dans tout ce qu’a fait le régime en place depuis ces 16 ans? Je ne suis pas le porte-parole de ce régime et ce n’est pas à moi de vanter ses mérites. Ce que je peux répliquer à cela, c’ est que quand quelqu’un s’engage à diriger le pays, il s’engage à œuvrer pour le bien des citoyens et pour le développement du pays. L’opposition est là pour alerter sur ce qu’il faut corriger, le gouvernement a ses porte-parole qui savent bien le défendre   dans les médias de l’Etat et auprès de ceux qui le soutiennent.

De belles maisons, des villas, des buildings sont remarquables mais cela ne m’empêche pas de voir la famine criante dans les campagnes, le kwashiorkor, les chiques, la peur chronique, les conditions de vie déplorables, le clientélisme, les latifundia, les gens qui paient pour survivre, la corruption, la discrimination et les inégalités de toutes sortes.

Réveillez-vous, renoncez à la peur et libérons-nous pacifiquement.

Ensemble nous vaincrons.

Kigali, le 16 janvier 2010

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